mardi 25 novembre 2008

L'histoire de Colmar (5) - La période 1679-1871...

La période 1679-1871 constitue pour Colmar la période française.

La cité subit les vicissitudes que connaît alors le royaume de France : révolution de 1789 et instauration de l’égalité civile, mise en place du régime consulaire et napoléonien.
La ville devient chef lieu du département du Haut-Rhin, dans lequel pénètre en 1798, la ville de Mulhouse.
Le 3ème traité de Nimègue, signé le 5 février 1679 entre les représentants de Louis XIV et ceux de l’empereur Léopold 1er de Habsbourg étend à toute l’Alsace la souveraineté du roi.
Les opérations de la guerre de 30 ans et de la conquête française en Haute Alsace affirme le rôle de la place militaire de Colmar, première ville de la région par son importance et la plus proche du bastion rhénan de Brisach. Il est normal que la vieille cité de la Décapole conserve cette fonction au sein de la province réorganisée par l’administration royale.
Une initiative privée.
En 1770, le poète colmarien Théodore Conrad Pfeffel crée une Académie militaire accueillant de jeunes bourgeois et nobles protestants qui pourront ainsi entrer comme officiers dans les régimes étrangers au service de la France.

Le transfert à Colmar du Conseil Souverain d'Alsace est prescrit par lettres patentes du 18 mars 1698. Il est préconisé par le marquis d'Huxelles, commandant de la province, et surtout par le conseiller Jean-François Dietremann, prêteur royal de Colmar. De la ville de Landau au nord jusqu' au comté de Belfort au sud, le Conseil Souverain englobe en effet dans son ressort toute la province d'Alsace (dont reste exclue jusqu' en 1798, la petite république de Mulhouse)
Installé dans les locaux peu appropriés de l’ancien Waagkeller où il tient sa première séance le 20 mai 1698, le Conseil Souverain d’Alsace attend cependant près de 70 ans pour être doté d'un bâtiment à sa mesure. Edifié par l’architecte Jean-Baptiste Alexandre Chassain de 1769 à 1771, le palais abritera la Cour d'Appel durant tout le 19ème siècle, le TGI par la suite.
Dès la création de l’Assemblée provinciales d'Alsace au mois de juin 1787, Colmar devient le chef lieu de l’un des six districts provisoirement définis en vue de la préparation de la réunion des Etats Généraux.
Bientôt les élections aux Etats Généraux appellent deux avocats colmariens Jean-François Reubell et Jean-Bernard Albert à siéger parmi les nouveaux députés.


Jean-François Reubell

Les 7 et 8 août ont lieu les premières élections municipales érigeant face au magistrat un nouveau conseil composé d'un syndic, en la personne de Daniel Adameggerle.
Le 3 février 1790, de nouvelles élections épurent la municipalité désormais présidée par un maire Etienne Ignace de Salomon, second président au Conseil Souverain d'Alsace, institution dont la suppression est ordonnée par la loi du 16 août 1790.

C'est l’époque où le député Jean-François Reubell, futur chef de l’Etat, préside l’Assemblée Législative. Quand à son épouse, née Marie-Anne Mouhat, elle donne son prénom à la "Marianne" républicaine.
En marge de nombreux transferts de propriétés, déclenchés par la vente des biens nationaux, la dissolution des communautés religieuses libèrent les couvents et permet à la commune d'installer une nouvelle prison (Augustins) un atelier de charité (Capucins) un hôpital militaire (Catherinettes) une halle aux blés et une caserne de gendarmerie (Dominicaines), un magasin à fourrages (Eglise protestante, ancienne église des Franciscains). Tandis que la collégiale Saint-Martin est érigée en cathédrale puis transformée en temple de la raison.

Toutes ces mesures suscitent des réactions hostiles, qu'illustre l’émeute déclenchée le 4 février 1791, par l’arrivée des commissaires du roi, dont Marie Jean Hérault de Séchelles, chargés de veiller à la bonne organisation des instances administratives révolutionnaires. Barricadés dans l’Hostellerie des Six Montagnes Noires, les commissaires sont dégagés grâce à l'intervention d'un groupe de bateliers armés de gourdins et dont le meneur, l’officier municipal Martin Stockmeyer verra son action magnifiée et citée en exemple par la diffusion de gravures relatant cet épisode.
En 1795, le poste de maire (le pelletier André Rockenstroh vient de succéder au procureur Simon) est supprimé et remplacé par la fonction de président de l’administration municipale, confiée aux négociants Emmanuel Mussel puis Jean Buob.
La création de l’arrondissement de Colmar met fin à l’existence du district, tandis que le Directoire du Haut-Rhin devient l’administration centrale du département ou brille le négociant et agronome Jean Ulrich Metzger, chargé par le gouvernement de négocier la cession de Mulhouse à la France, opérée en 1798. Une époque s'achève.
Tandis que dans le domaine militaire, le colmarien Jean Rapp devient l’aide de camp d'un certain général Bonaparte.

L'histoire de Colmar (4) - La collégiale Saint-Martin

La collégiale Saint-Martin, la cathédrale des Colmariens.
Les étapes de la construction de l’édifice s'étendent à peu près des années 1230-1240 à 1370. Le transept, puis la nef, sont achevés entre 1260 et 1300 par Humbret, premier grand maître du Gothique à Colmar. La façade est élevée dans la première moitié du 14ème siècle, alors que les travaux du choeur, oeuvre présumée de Guillaume de Marbourg, débutent en 1350.

Les deux fleurons de l’ordre mendiant sont l’église des Dominicains et celle des Franciscains.


L'église des Dominicains

Toutes deux amorcées à la fin du 13ème siècle et achevées avant le milieu du 14ème siècle présentent des traits communs de l’architecture des Ordres mendiants : une grande sobriété extérieure, à l’intérieur, un choeur voûté réservé aux usages conventuels. L'église des Franciscains a connu au cours des siècles un certain nombre de mutilations qui ont altéré son image primitive : suppression d'un collatéral sud, installation en 1715 d'un mur de séparation entre le choeur et le nef, abaissement de la nef au 19ème siècle.


Détail de la Collégiale Saint-Martin




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La vie culturelle

Georges Wickram, fils naturel de l’Obrimeister Conrad Wickram, peut être considéré comma l’animateur de la vie culturelle locale. Après 1530, il présente et produit de nombreuses pièces de théâtre de sa composition au poêle des Cordonniers dans la rue des Marchands. Il fonde à Colmar en 1546 une école de chanteurs "Meistersinger" pour laquelle il acquiert à Sélestat la fameuse "Liederhanschrift" dite de Colmar. Aujourd'hui à Munich, ce manuscrit est le plus important recueil de mélodies et de chants allemands qui renferme plus de cent mélodies de 36 auteurs différents, pour une période s'étendant du 13 au 15ème siècle. Il publie également en 1555, avec succès, un recueil d'anecdotes et d'histoires amusantes, le "Rollwagenbüchlein" dédié à son ami Martin Né, propriétaire de l’Auberge à la Fleur à Colmar.
Le théâtre connaît au 16ème siècle un succès durable et populaire. Des troupes d'amateurs, issues des villes et villages environnants se produisent à Colmar. Parallèlement, écoliers et corporations de Colmar montent leurs spectacles dont le plus important, "l’Histoire de Saint Jean Baptiste" est joué en 1573 durant 2 jours par 150 bourgeois, devant la collégiale Saint-Martin.

La Réforme protestante est introduite à Colmar en 1575. Le premier culte évangélique, assuré par le pasteur de Jebsheim, Jean Cellarius, se déroule à l'intérieur de l’église des Franciscains (dont la communauté n'avait pas été renouvelée après la peste de 1541), le 15 mai 1575, en présence du magistrat. La réforme colmarienne est tardive et communale. La communauté catholique subsiste, elle connaît cependant quelques restrictions dans l’exercice de la pratique religieuse. En décembre 1627, au moment où la fortune militaire est favorable à l’empereur, le culte protestant est aboli à Colmar.
En février 1628, un édit impérial donne le choix aux protestants d'abjurer ou d'émigrer. L'émigration de certaines familles influentes et actives provoque de sérieux désagréments dans le domaine économique, d'autant plus qu'en 1632 l’occupation suédoise modifie le rapport de forces au profit de la communauté protestante qui pour un temps reprend les rênes du pouvoir municipal.

En 1627, l’Empereur Ferdinand II de Habsbourg, champion du catholicisme, ayant triomphé de ses adversaires protestants, promulgue l’édit de restitution (1629) et impose à nouveau à Colmar le catholicisme. Peu après, la guerre s'abat avec violence sur l’Alsace. Rapidement les Suédois se rendent maîtres du pays et en novembre 1632, ils se présentent devant Colmar. Le rhingrave Otto Louis de Salm empêche le ravitaillement de la ville. Le 12 décembre Sélestat doit se rendre. Le 15 décembre 1632 les moulins "Weidenmühle" et "Mittlachmühle" flambent. La tuilerie devant la porte de Deinheim est occupée. Le 19 après consultation des corporations, le drapeau blanc est hissé et le même jour, l’armistice est signé à Horbourg. Le 20 décembre, les suédois occupent la ville. Gustave Horn le commandant en chef suédois s'installe à l’hôtel de la Montagne Noire.
Le gouvernement du cardinal de Richelieu juge le moment venu pour intervenir dans la guerre contre la maison de Habsbourg. Les Suédois, battus à Nordungen (6 septembre 1634) demandent l'intervention du roi de France. Le 9 octobre un traité est conclu à Strasbourg entre le représentant français et le résident suédois. Les places occupées en Alsace par les Suédois passent à la France. La ville gardera ses privilèges, ses magistrats, son Conseil et par le traité de paix, elle sera remise dans la situation de 1618. Le 1er août 1635, l’accord de Rueil renouvelle les stipulations de 1634 : le roi de France prend Colmar sous sa protection. La religion catholique et celle de la confession d'Augsbourg peuvent exercer librement leurs cultes. Le 3 août 1635, Louis XIV confirme cet acte.
Balthazar Schneider, prudent, adroit syndic et ardent protestant représente Colmar aux négociations commencées à Munster et Osnabrück dès 1643. Il apprend bientôt que la France victorieuse veut acquérir les possessions autrichiennes et impériales de Haute et Basse Alsace, y compris le grand baillage de Haguenau, ce qui soulève la question des 10 villes impériales. S'appuyant sur les accords de 1632 avec les Suédois et de 1634 / 1635 (renouvelés en 1644) avec le gouvernement français, Schneider défend âprement le maintien des privilèges des villes impériales. Mais bientôt ses espoirs faiblissent…

Le 13 septembre 1646 est signé le traité préliminaire entre la France et l’Empire, qui décide la cession à la France des possessions habsbourgeoises et impérial en Alsace avec le grand baillage. Pour les seigneuries immédiates et la Décapole, l’immédiateté d'Empire sera maintenue.
Cependant s'y trouve la clause équivoque et contradictoire "Ita tainen" que ce droit ne nuirait en rien aux droits acquis par le roi de France (sans que par là les droits de souveraineté soient en rien diminués). Subtilité voulue pour ménager les susceptibilités de part et d'autre, mais lourde de conséquences pour l’avenir...

Conséquence pour l’avenir.
Colmar ne s'incline pas. Au début de 1647, la ville s'adresse à la reine Christine de Suède. Malgré les efforts de Balthazar Schneider, le 24 octobre1648, la paix reprend les décisions de l’accord préliminaire de 1646. La contradiction est donc maintenue...
En exécution du traité de paix, la garnison française, installée à Colmar depuis 1635 quitte la ville en 1649. Colmar peut à nouveau se considérer comme ville indépendante. Très rapidement les difficultés commencent, la lutte éclate entre le grand bailli envoyé par le roi de France, le Comte d'Harcourt et les dix villes qui ne veulent pas abandonner les moindres droits. Dès 1656, Colbert de Croissy est installé comme intendant des domaines habsbourgeois à Ensisheim, où est crée le Conseil Souverain d'Alsace, dont il est le premier président (1657) à la séance inaugurale le 4 novembre 1658. Les dix villes envoient leurs délégués avec mission de protester contre les droits que cette cour prétendait avoir sur elle.
Colbert de Croissy, peu après, fait le tour des villes pour obtenir leur consentement. Il trouve à Colmar (5 décembre 1658) un accueil poli et froid. Le magistrat résume sa position vis à vis du Conseil Souverain et en 1659 il refuse même d'accueillir le Conseil Souverain et refuse ainsi de devenir la Capitale Judiciaire de la Province (souhait réalisé en 1698).
En 1661, le duc Mazarin, époux d'Hortense Mancini, héritier du cardinal et nouveau grand bailli, veut exiger des villes un serment de fidélité et d'obéissance.
On négocie...
Quand le duc Mazarin (Armand-Charles de La Porte, duc de Mazarin et de la Meilleraye, seigneur de Parthenay) en vient à l'idée d'une démonstration militaire, le gouvernement persuade de ne pas utiliser la force. Le roi ordonne de laisser tout en suspens, le duc Mazarin est rappelé en 1664, le sous bailli Cinq-Mars, Henri Coeffier marquis de Ruzé, le remplace.
Colmar toujours aussi tenace fait renouveler ses privilèges par l'Empereur Ferdinand III de Habsbourg en 1651, puis par l’Empereur Léopold 1er en 1659 et continue à contribuer aux dépenses de l’Empire. En 1671, le duc Mazarin exige à nouveau le serment au roi, mais se heurte à la même opposition.

Petit rappel.

Les villes impériales d'Alsace détenaient depuis des siècles, des libertés et des droits accordés par les Empereurs : elles s'administraient en pleine indépendance. Elles étaient de petites républiques, de fières personnalités politiques.
Le roi de France était une puissance étrangère. De plus les français parlaient une langue inconnue des alsaciens, ce qui donnait lieu à des malentendus continuels. Autre facteur de décision : la religion. N'oublions pas que le magistrat de Colmar était retombé entièrement aux mains des protestants.
Après 1670, l’horizon politique s'assombrit avec la guerre de Hollande. Une coalition se forme contre Louis XIV comprenant l’Empire, l’Espagne, le Brandebourg et la Hollande. La frontière de l’est est menacée.
Les troupes impériales se concentrent en Souabe et dans le proche Brisgau. "Protecteur" des villes d'Alsace, Louis XIV se rend compte du danger et décide de prévenir une offensive des impériaux.
Au début de l’été 1673, le marquis de Vaubrun est chargé par François Michel Le Tellier, marquis de Louvois de s'emparer de COLMAR. Il doit détacher le marquis de Coulanges avec 500 cavaliers, camper dans les environs immédiats de la ville et verrouiller toutes les issues. Le 22 août, Coulanges s'installe à la "Hohstegmühle", près du pont de Horbourg. Peu de jours après, par le Col de Sainte-Marie-Aux-Mines, le roi vient en Alsace. Il doit passer près de la ville ou s' y arrêter pour se rendre à Brisach.
Le dimanche 27 août 1673 doit avoir lieu la prestation du serment qui mentionne la fidélité à l’Empereur. Les autorités de Colmar sont averties que le roi en éprouverait une grande colère, ce qui causerait la ruine de la ville. La prestation du serment est annulée.
Le lundi 28 août, Louvois arrive devant Colmar. Le magistrat vient à sa rencontre pour le saluer. Coulanges est présent avec ses cavaliers qui se retirent, font volte face et s'élancent vers la porte de Deinheim ou de Brisach, gardée par le Wachtmeister Kienlein avec son escouade. Les cavaliers lui mettent la pointe de l’épée sur la poitrine, le forcent à leur livrer passage, pénètrent dans la ville, et au galop, occupent les carrefours, les portes, les édifices principaux. Les officiers se font remettrent les clefs des portes, des tours, des magasins d'armes. François Michel Le Tellier, marquis de Louvois rentre à son tour dans la ville.

Le lendemain, des troupes nombreuses d'infanterie font leur entrée, les bourgeois doivent livrer leurs armes. L'armement de l’arsenal stupéfie les français par son importance. Tout est transporté à Brisach, les forts remparts élevés vers la fin du 16ème siècle par Daniel Specklin sont démantelés.
Le mercredi 30 août 1673, vers 11 heures, le cortège royal, plus de 200 carrosses s'approchent. A cheval, Louis XIV fait le tour de la place.
Les travaux de démolition continuent sans relâche. Près de 4 000 hommes s’y sont employés.
Le magistrat Andreas Sandherr est accusé d'avoir traîtreusement livré à la ville aux français, d'avoir pactisé avec eux, de vouloir la ruine définitive de la cité et de ses libertés.

Détail de la maison du magistrat Andréa Sandherr
Détail de la maison du magistrat Sandherr

En automne 1674, les impériaux envahissent l’Alsace par le pont de Kehl.
En octobre les troupes brandebourgeoises du Grand Electeur Frédéric Guillaume 1er de Brandebourg rejoignent les impériaux. Le 17 novembre 1674, le Grand Electeur arrive à Colmar. Il est accueilli par les colmariens comme un libérateur qui leur assurerait de nouveau leurs privilèges impériaux.
Frédéric Guillaume 1er s'est installé au Waagkeller. Il y reste 6 semaines.
Le maréchal Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne envahit de nouveau l’Alsace par le sud, interrompt les quartiers d'hiver des Impériaux surpris et les refoulent vers Colmar. Le 5 janvier 1675 la bataille de Turckheim change le sort des armes, les brandebourgeois et impériaux défaits, se retirent en toute hâte vers le nord et repassent le Rhin.
Le 6 janvier, Turenne entre par la porte de Rouffach à Colmar.
Le magistrat craint le pire, cependant le maréchal épargne la ville.
En juillet 1675, le maréchal est tué par un boulet à Saasbach en Pays de Bade et transporté à Colmar.
En juin 1677, les Impériaux, sous le commandement du duc de Saxe, Eisenach, pénètrent en Alsace et arrivent sans difficulté à Colmar où ils séjournent pendant plusieurs jours.

Dès septembre 1677, l’armée française reprend l’offensive. Les cavaliers du maréchal François de Créquy occupent Colmar, suivis en novembre de troupes nombreuses qui s' y installent avant de s'emparer de Fribourg en Brisgau.
Le sort de la guerre tourne en faveur de la France. Les négociations commencées dans la ville hollandaise de Nimègue aboutissent à la paix le 5 février 1679.
Colmar devient "ville royale française".
En 1680, Joseph de Pons et de Guimera, baron de Montclar ordonne d'enlever les anciennes armoiries aux portes et aux édifices publics. L'aigle impérial disparaît, les fleurs de lys triomphent.

L'histoire de Colmar (3) - La décapole

Le nouveau souverain, Charles IV de France, dit Charles le Bel est à Colmar, au printemps 1354.
La ligue des 10 villes impériales se constitue sous son égide (28 août 1354). Le roi accorde à Colmar de nouveaux privilèges (1355) notamment le droit de lever une taxe sur les achats et les ventes. L’Empereur s'étant donné le droit de dissoudre la Décapole, use de ce droit peu de temps avant sa mort. Le 2 février 1378, il prononce sa dissolution et meurt en novembre 1378.

Dans le même temps, les nobles continuent à s'agiter, surtout les Wittenheim (1352) à l’origine d'incident, de complot et de lutte.
Ils se rencontrent journellement à leur maison de réunion (au Scheppelin, d'où les Scheppler - ceux de la chopine) Ils y trinquent ensemble.
En 1356 le grand bailli impérial intervient avec l’aide des autres villes, s'empare de Colmar, procède à la punition des révoltés, à la démolition des maisons des chefs révoltés de la famille des Wittenheim. Deux pierres commémoratives (la pierre des bannis) en témoignent encore dont les inscriptions constituent des monuments rares de la justice médiévale. L'une se trouve sur le pignon de l’école de musique, l’autre sur la façade d'une maison en face du Koïfhus.


En face du Koifhus



L'épreuve de force des nobles a échoué, leur défaite est difficile. Le temps des nobles est révolu (1358).
En février 1424 éclate un différend entre le magistrat et les bourgeois groupés dans les corporations. Le magistrat et le Conseil venaient de décider l'introduction de nouvelles taxes. Les bourgeois rechignent et reprochent au magistrat et au Conseil, installés au Waagkeller leur mauvaise gestion financière.

L’Espace Culturel
Les poêles des corporations ainsi que la maison de la danse, "Das Tanzhus", citée en 1370, constituent les maisons de loisirs par excellence.
Les "Kirchweihen", fête de la dédicace des églises, sont des jours de fête où banquets, beuveries et danses se succèdent jusqu'à l’excès. Celle des Franciscains, le premier dimanche de septembre, la plus populaire attire des marchands forains, les musiciens, les jeux.
Elle organise des concours d'arbalète, elle sert de cadre à des bals et danses publiques dont parfois les abus entraînent le retour à une réglementation rigoureuse (en 1352) ou l'interdiction (en 1450.

L'histoire de Colmar (2) - La ville

Colmar, fortifié par Albin Woelfelin de Haguenau vers 1220, comptait 19 hectares.
3 portes munies chacune d'une tour mettaient la ville en communication avec l’extérieur.
Au nord à l’extrémité de l’actuelle rue des boulangers, Le Kerkertor (la porte de la prison). On sortait par là pour gagner la vallée de Munster, le col du Bonhomme ...

Le Kerkertor

A l’est à l’extrémité de la Grand'Rue près de l’église protestante, le "Deinheimertor" (la porte de Deinheim) menait vers le tout proche village du même nom et aussi vers l’Ill.
Enfin du coté sud, le "Steinbrückertor" situé au bord de la Lauch. Cette porte était précédée du Pont de Pierre qui franchit la rivière et qui relie la Krutenau, alors à l’extérieur de la muraille, et la ville, des alentours (1220).
On passait par là pour gagner Bâle.
La ville déborda très vite et des faubourgs se formèrent à l’extérieur de chacune des 3 portes dont ils prirent le nom.
La Kerkertor Vorstadt (1252)
La Deinheimertor Vorstadt (avant 1287) et la Steinbrückertor Vorstadt (avant 1342) rapidement entourés de murailles.
Colmar avait plus que triplé sa surface et comptait désormais 68 hectares.
L'alimentation des fossés baignant les remparts avait nécessité la construction de deux canaux dérivés de la Fecht. Le premier en amont, le second en aval de Turckheim. Le Tiefenbach qui amenait de l’eau dans le fossé près de l’Oberhof et le Logelbach qui existe toujours. Grâce à son fort courant, ce dernier actionnait de nombreux moulins à eau, ce qui lui a valu le nom de Muhlbach.
Dans toute ville importante, délivrer le tombeau du christ des mains des infidèles était une préoccupation majeure pour tout bon chrétien. Aussi l’un des ordres militaires était-il représenté.
A Colmar c'étaient les hospitaliers appelés aussi chevalier de l’ordre de Saint-Jean qui possédait au bord de la Lauch depuis 1127 une commanderie. On comptait 10 hospitaliers à Colmar en 1297. Leurs tâches : recruter des chevaliers pour lutter contre les infidèles, contribuer à financer cette lutte, servir de retraite à ceux qui ne pouvaient plus combattre, héberger les pèlerins. Et les malades, quand à eux, étaient soignés dans une annexe.

Les chevalier de l'ordre de Saint-Jean



Autre champ d'activité de l’église : les femmes sans mari.
Elles cherchaient à se grouper pour pouvoir vivre décemment. Les ordres mendiants intervenaient alors pour les encadrer.
Vers 1230, deux jeunes veuves pieuses et riches, Agnès de Mittelheim et Agnès de Hergheim se retirèrent avec leurs enfants dans un faubourg à l’extérieur des remparts. D'après les tilleuls qui ombrageaient les lieux, on appela cette maison "SUB TILIA" en latin, "UNTER LINDEN" en allemand.
En 1232, en compagnie d'autres veuves nobles, elles quittèrent la maison devenue trop petite, s'installèrent hors de la ville près d'une chapelle consacrée à Saint-Jean, à l’emplacement de l’actuelle rue des Moulins. Elles se placèrent sous l’autorité des Dominicaines de Strasbourg et se construisirent un couvent.
En 1245, elles devinrent de vraies religieuses, des Dominicaines. En 1252, elles retournèrent à Unterlinden après des menaces de guerre entre le pape et l’empereur jusqu'aux portes de Colmar. Elles y construisirent leur couvent, l’actuel musée d'Unterlinden.
Colmar eut aussi son hôpital des pauvres qui faisait fonction de maison de retraite pour les personnes âgées, d'orphelinat et d'hôpital, construit en 1255 à l’emplacement de l’actuel collège Victor Hugo et pourvu d'une chapelle du Saint-Esprit.

lundi 17 novembre 2008

En 51 avant JC, Jules César bat Arioviste quelque part entre Mulhouse et Cernay et fait du Rhin la frontière de l’Empire Romain.
En 378, l’empereur Gratien bat les Alamans sous les murs de Argentovaria "Horbourg".
Pour les incursions germaniques, l’empereur Valentinien 1er fit édifier un camp fortifié "un castrum carré". En terre d'Alsace, la plus belle mosaïque qui date du 3ème siècle, à été retrouvée à Bergheim (aujourd’hui au musée de Colmar).

Les rives de l’Ill étaient soumises à de fréquentes et amples inondations, les marques sont visibles, le camp fortifié élevé au 4ème siècle, dans le bourg devint pour les barbares Horburg "la forteresse de la boue" d'où le nom Horbourg.

Le nom de Colmar est romain -Columbarium en latin, Colombier ou Pigeonnier.

Colmar logea en juillet 883, le pape Grégoire IV qui accompagna le jeune empereur Lothaire 1er révolté contre son père Louis le Pieux. Ces lieux accueillirent également entre janvier 883 et février 884 l’Empereur Charles III dit le gros (mari de Sainte Richarde).
Après 884, les derniers carolingiens perdirent ce bien royal. Deux domaines : Oberhof "le domaine d'en haut" qui passa vers 965 dans le patrimoine du monastère de Payerne. Et le Niederhof "le domaine d'en bas" propriété de Saint Conrad évêque de Constance (de 934 à 975) qui le donna au chapitre cathédral de sa ville épiscopale.

A partir de la seconde moitié du 12ème siècle.

Les domaines sont chacun dirigé par un maire, un intendant "Meyer" en Allemand. Les ministériaux veillaient à la gestion et la sécurité des domaines.
Au dessus d'eux les avoués (en latin "Advocati", en allemand "Vögte"). Pour éviter aux évêques et aux abbés de se mêler aux affaires séculières, chaque établissement avait au moins un avoué qui le représentait en justice, fonction confiée à des laïcs souvent puissants et devenue héréditaire.
A Colmar, l’avoué de l’Oberhof, c'est le Comte de Dabo possesseur des trois châteaux de Haut-Eguisheim. L'avoué de l’abbaye de Munster n'est autre que l’empereur Frédéric Barberousse.

A cette époque, au delà de l’église Saint-Martin, Colmar possédait une seconde église paroissiale dédiée à Saint-Pierre et affectée aux besoins spirituels de l’Oberhof.

L'église Saint Antoine



L'église Saint-Pierre

Après la mort de l'empereur Henri VI dit le sévère, le cruel fils aîné de Frédéric Barberousse en 1197, l’aristocratie se soulève contre les Hohenstaufen. Colmar tomba dans les mains des rebelles emmenés par Albert Dabo l’avoué de l’Oberhof. Le roi Philippe de Souabe, frère de l’empereur défunt, maîtrisa la révolte. En 1205 on le voit séjourner à Colmar. Son neveu ceignit en 1212 la couronne royale et en 1220, la couronne impériale sous le nom de Frédéric II de Hohenstaufen. Il entreprit de fortifier les principaux points d'appui du pouvoir royale. La disparition de Albert de Dabo en 1212, sans laisser d'héritier mâle, supprima le seul obstacle éventuel à la transformation de Colmar en forteresse et en ville.

Etait considéré comme bourgeois les laïcs habitant en ville, possédant une maison et exerçant une activité indépendante. Les bourgeois formaient un corps. Dès 1214 les bourgeois ont un sceau, symbole de leur capacité juridique. Ils ont ainsi une représentation (qu'on appellera bientôt le Conseil –Consilium en latin- Rat en allemand). Choisi pour un an, ils sont d'un grand poids auprès du seigneur territorial, le souverain.
En 1214 le Conseil était constitué à Colmar de 10 chevaliers et 8 bourgeois ordinaires. Les chevaliers servaient le souverain.
Un fonctionnaire était désigné par le souverain pour gouverner en son nom la ville, rendre la justice et présider le Conseil.
C'est le Schultheiss (en allemand - "heissen" - celui qui ordonne, commande, – "Schuld" – obligation - ce qui est dû en français "Prévôt"). La construction des murailles fut l’oeuvre de Albin Woelfelin, Schultheiss de Haguenau de 1215 à 1237.
3 fois en 1212, 1219 et 1236, Colmar reçut la visite du souverain qui résidait généralement en Italie. Il était harcelé à tout instant par des chevaliers du parti pontifical dont l’ennemi le plus proche était l’évêque de Strasbourg.
Vers 1250, l’église Saint-Pierre fut incendiée. Après la mort de Frédéric II la même année, dernier empereur de la dynastie des Hohenstaufen, Conrad IV le fils poursuivit la lutte mais dès 1251, il abandonna son royaume allemand et mourut en Italie en 1254.
Colmar a la chance d'avoir à sa tête un Schultheiss d'expérience, fils d'un cordonnier de Turckheim, Jean Roesselmann.

En 1260 mourut le vieil évêque de Strasbourg Henri de Stahleck qui sera remplacé par Walther de Geroldseck qui deviendra vite une menace pour Colmar. Aucune résistance n'était possible.
En mai 1261, Walther de Geroldseck rentra en guerre contre la ville de Strasbourg. Parmi ses alliés figurait Rodolphe de Habsbourg qui changea très vite de camp.
Jean Roesselmann, chassé de Colmar, trouva audience auprès de lui à Ensisheim et échafauda un plan pour s'emparer de Colmar.
Il entra dans la ville dans un tonneau, déposé chez le doyen du chapitre Saint-Martin, membre du complot. La nuit venue, il ouvrit une des portes et alluma une botte de foin. Une forte troupe de chevaliers commandée par Godefroy de Habsbourg, un cousin de Rodolphe, entra dans la ville et délivra les bourgeois qui le reconnurent pour seigneur.
Peu après en 1261, les colmariens conclurent une alliance avec la ville de Strasbourg. Un complot ordonné par l’évêque fut monté, mais enrayé par Jean Roesselmann qui donna l’alerte mais qui fut tué par ses assaillants près de la porte du Pont de Pierre (entre la place des 6 Montagnes Noires et la Krutenau).
L'évêque vaincu renonça à ses prétentions sur Colmar, une paix fut conclue le 9 juillet 1262.
Au début d'août 1273, les colmariens apprirent que Rodolphe de Habsbourg venait d'être choisi comme roi par les princes électeurs. Ils lui envoyèrent 12 tonneaux du meilleur vin.
Rodolphe de Habsbourg renonça au protectorat qu'il exerçait depuis 1261 sur les villes crées par les Hohenstaufen en Haute Alsace. Ces villes dont Colmar redevinrent royales.
Il délégua ses pouvoirs administratifs à des baillis provinciaux d'Empire. Jusqu' alors on parlait de "Villes royales". Désormais, il est question de "Villes d'Empire". Autre changement, le souverain consulte les seigneurs. Avant il disposait de la ville à son gré. Le roi tirait de ces villes d'Empire l’essentiel de ces ressources. Il y avait le droit de gîte (10 séjours à Colmar, 39 jours au frais des colmariens). Il usa et abusa de la capacité financière de ces villes. A la fin de l’année 1284 les bourgeois Colmariens apprirent de leur bailli provincial qu'ils auraient à payer une taxe exceptionnelle se montant au 30ème de la valeur de leurs biens immobiliers. Ils entrèrent en effervescence. Et au printemps 1285 la coupe déborda. Le Schultheiss Walther Roesselmann (le fils de Jean) prit fait et cause pour les bourgeois soulevés et contre le bailli et le roi. Avec l’appui d'autres villes, ils brûlèrent le village de Deinheim qui appartenait aux Habsbourg, véritable déclaration de guerre. A l’aide d'une armée, le roi reprit rapidement la cité, avec à la clef l'impôt à l’origine du soulèvement et une amende.

Walther Roesselmann fut destitué et remplacé par un noble dévoué au roi, le Sire de Stammheim.
A la mort de Rodolphe de Habsbourg le 15 juillet 1291, Colmar connût de nouveaux troubles.
Le Sire de Stammheim fut chassé par les partisans de Walther Roesselmann qui reprit de sa propre autorité les fonctions de Schultheiss.
Walther Roesselmann s'entendit avec l’évêque de Strasbourg Conrad de Lichtenberg.
Le 1er janvier 1292 les colmariens jurèrent fidélité à son frère prévôt du chapitre cathédral de Strasbourg.
Cette situation provisoire prit fin lors de l’élection d'un nouveau souverain. Le prince Adolphe de Nassau fut élu le 3 mai 1292. Le nouveau souverain confirma Otton d'Ochsenstein dans ses fonctions de bailli provincial d'Empire en Alsace.
Mais déjà la situation se dégradait.
Otton d'Ochsenstein était entré en conflit avec les sires de Lichtenberg, notamment avec Conrad, l’évêque de Strasbourg.
C'est dans ces conditions que Conrad de Lichtenberg, Anselme de Ribeaupierre, dont les châteaux dominaient Ribeauvillé et Walther Roesselmann organisèrent un soulèvement contre le roi. Le roi réussit avec l’aide de l’évêque de Bâle le très combatif Comte Thibaut de Ferrette de réunir une armée qui fit le 28 septembre le siège de Colmar.
Il n' y eut pas d'attaque, mais le roi fit détourner le Muhlbach ce qui entraîna l’arrêt des moulins et la pénurie de farine.
Les bourgeois qui d'emblée ne manifestaient pas d'enthousiasme pour cette guerre étrangère à leurs intérêts, ouvrirent les portes après un mois de siège.
Anselme de Ribeaupierre fut envoyé comme prisonnier dans un château de Souabe (région d’Allemagne méridionale sur le haut Danube entre le Wurtenberg et le plateau Bavarois.
Pour Walther Rosesselmann qui avait tenté de fuir déguisé en pauvre mais qui avait été reconnu et livré au roi, on le fit courir nu dans les rues de Colmar puis exhibé de ville en ville et enfermé dans une prison. Il mourut enfermé dans une tour en 1294. Après la chute de Colmar, Adolphe de Nassau nomma comme Schultheiss Cunon de Berckheim.
La charte de franchise de 1278 précise que le Schultheiss serait choisi parmi les bourgeois. Le Schultheiss restait agent du souverain et premier personnage de la ville, mais à coté de lui il eut désormais un représentant des bourgeois "le Magister Civium" "Le Bürgermeister" en allemand- le "bourgmestre" en français qui apparaît en 1296.
En 1295 les colmariens construisent leur premier hôtel de ville, il s'agit du corps de garde.




Le Corps de Garde

Colmar, une histoire...

L'histoire de Colmar que vous allez découvrir à travers ces quelques lignes est un résumé "sommaire" issu de mes différentes lectures consacrées à notre belle ville de Colmar avec une mention particulière pour la dernière édition de "La topographie du vieux Colmar" d'Auguste Scherlen.







Autres références : "Histoire de Colmar" aux éditions Privat


Grâce à Wikipédia, l'encyclopédie disponible sur le web, à Encarta , l'encyclopédie numérique et à l'Office du Tourisme de Colmar, vous trouverez quelques liens qui vous permettront, à votre gré, d'approfondir vos connaissances, vos recherches et vos envies de découverte...

A présent, En route vers de nouvelles aventures.

Nous sommes en 51 avant JC, Jules César se trouve quelque part entre Mulhouse et Cernay...

dimanche 2 novembre 2008

Aimer Colmar...

Ouverture aujourd'hui dimanche 2 novembre 2008 de ce blog consacré à la ville de Colmar.
Un blog qui a pour seul but de vous faire aimer Colmar -si ce n'est pas déjà fait- ou de vous faire apprécier la capitale des Vins d'Alsace et de bien d'autres plaisirs à découvrir au gré des informations, photos, témoignages qui vont jalonner ce rendez-vous.

Bonne route...